La chapelle saint Yves

La cité du souvenir et la Chapelle saint Yves

L’histoire de l’Abbé Keller et de son action. L’Abbé Keller est ordonné prêtre en 1920, à la fin de la guerre de 1914-1918 qui a fait 1,3 million de morts chez les soldats, et après la grippe espagnole (venant d’Amérique) qui a tué 400.000 français et 40 millions de personnes dans le monde. (La Voix du 14ème, mars 2005)

A 24 ans, le jeune prêtre est hanté par la misère qu’il côtoie tous les jours. Lui qui est issu d’une riche famille, de Wendel, n’a qu’une idée, venir en aide aux plus malheureux et créer pour eux les conditions d’une vie digne.

Nommé vicaire à saint Dominique, il décide de créer un ensemble où les familles éprouvées et de modeste condition pourront être chez elles.

Une opportunité se présente : la zone de fortification est déclassée, le réservoir de Montsouris est juste terminé, et un terrain, le Plateau de saint Yves, est à vendre. En 1925, l’Abbé Keller lance une souscription par actions et y investit une grande part de sa fortune. Des gens modestes donnent, 80 000 prospectus sont distribués dans Paris, les fonds sont rassemblés en un mois. La somme nécessaire est même dépassée.

En juillet, la Société Anonyme d’Habitations à Bon Marché, La Cité du Souvenir est créée, avec un capital de 1 000 000 F. La Société achète le terrain, occupé par 80 habitants. Ils acceptent de partir, l’Abbé Keller leur ayant trouvé un autre lieu. 180 logements sont construits avec, sur la porte de chacun d’eux, le nom d’un soldat mort à la guerre. Ils sont répartis en trois immeubles en triangle dont deux, sur la rue saint Yves, encadrent l’entrée. Au centre, la chapelle : « Dieu est au centre ».

Elle est classée monument historique, pour les fresques de Georges Desvallières, l’un des rares expressionnistes français à porter l’étiquette de « rénovateur de l’art chrétien », ce qui semble l’avoir condamné au purgatoire. Après le traumatisme de la guerre de 1914-1918 où il perdit son fils Daniel, il se consacre en effet à la peinture religieuse, « peinture des mystères douloureux et de la guerre » selon Maurice Denis, co-fondateur avec lui, en 1919, des ateliers d’Art Sacré.

La Cité dispose d’un jardin d’enfants, d’un dispensaire, d’un patronage. L’Abbé Keller a créé tout un système, remarquable pour l’époque, de ce qui ne s’appelait pas encore l’action sociale. Le reste des fonds réunis en 1925 a été utilisé pour l’achat de la ferme de Montsouris, 26-28 rue de la Tombe Issoire.

En 1934, la Fondation des Berceaux du Souvenir a été créée et reconnue d’utilité publique. En 1953, elle obtient de développer au 26-28 rue de la Tombe Issoire et au 15-17 villa saint Jacques (acquis en 1942), des logements pour des personnes de condition modeste et les activités du Centre d’œuvres de la jeunesse.

Peu avant sa mort en 1986, sentant ses forces faiblir, l’Abbé Keller a cherché à ce que son œuvre continue dans l’esprit qu’il avait voulu. Malheureusement l’ensemble 26-28 rue de la Tombe Issoire, villa saint Jacques et la ferme Montsouris voit maintenant son avenir en pleine indécision. En revanche, la Cité du Souvenir a trouvé le cadre nécessaire à sa pérennité, garde son caractère social et sa chapelle reste ouverte au culte.

Alain Constans

L’Abbé Keller fondateur de la Cité du Souvenir

Dans les circonstances difficiles d’après guerre (1914-1918), l’Abbé Keller voulut créer un endroit où la masse populaire se sentirait chez elle. L’Abbé Alfred Keller est né à Néon sur Creuse, le 5 septembre 1894. Il est ordonné prêtre le 29 juin 1920. Après Fontenay sous Bois, il arrive à saint Dominique et à saint Pierre de Montrouge. Il était, dit-on, doté d’un grand caractère et travailler avec lui n’était pas facile. D’une famille solidement religieuse, il fut marqué par son grand père Emile Keller, auteur de la protestation des députés Alsaciens-Lorrains en 1871. Sur 14 enfants, 5 prirent l’habit.

« En souvenir des morts de la grande Guerre, faire une œuvre de vie, pour qu’à la paix extérieure, s’ajoute, dans la confiance mutuelle, la concorde intérieure ».

Dans les circonstances difficiles d’après guerre, une idée l’habitait : créer un endroit où la masse populaire se sentirait chez elle. Une opportunité inespérée le mit sur la piste du « terrain de la misère ». Son projet pouvait prendre corps : procurer un centre d’œuvres sociales à la jeune paroisse saint Dominique.

Une souscription mettait 500 F à sa disposition, somme doublée par des subventions gratuites et triplée par un prêt à intérêt réduit.

Le Cardinal Dubois approuve son projet mais il faut trouver 1 million en 1 mois. L’Abbé investit sa fortune personnelle, les pauvres commencent à donner, 80.000 prospectus sont distribués. Les fonds arrivent à la vitesse éclair d’un mois. En 1925, il faut une somme pour « réserver » le terrain, car il est convoité. Le dimanche des Rameaux, le Cardinal prend possession des lieux et l’événement est commenté dans la presse. Une compagnie d’Assurances verse 500.000 F mais réserve certains logements pour ses employés. Le million est dépassé : 2.000 actions de 500 F.

Inauguration de la Cité du souvenir

Juillet 1925 : la « Cité du Souvenir » est constituée et peut acheter le terrain occupé par 80 habitants qu’il faut déménager après tractations, avec qui il faut négocier. En juillet 1926, un projet de construction est réalisé. En 2 mois un second million est rassemblé : soit maintenant 4.000 actions de 500 F. En novembre 1927, le Cardinal et le maréchal Foch inaugurent les premiers bâtiments de la « Cité du Souvenir ».

Site :
5.200 m2 achetés, 689 vendus pour élargir la rue….. 160 logements construits…. 2.494 m2 de cours.

Financement  :
loi de 1922 : 15% Fonds propres ; 33% subventions…. 52 % prêts par la Caisse des Dépôts…

La Cité rue saint Yves comprend : 160 logements, 2 loges, 150 caves et 48 remises. 7 boutiques et commerces en rez-de-chaussée… Les locaux communs : une salle de réunion, un jardin d’enfants, un préau, une bibliothèque, un service social et une chapelle divisée en trois par des cloisons mobiles.

Il n’y a pas de service paroissial mais une messe est célébrée tous les matins et chacun pouvait témoigner de sa foi devant une population indifférente, voire hostile à la religion. En 1930 est créé un dispensaire. La priorité est donnée aux familles nombreuses car l’Abbé voulait favoriser surtout l’épanouissement des familles. Il était strict sur les conditions d’admission. La Cité eut rapidement 210 appartements et les services ne cessaient de s’adapter.

L’Abbé avait acheté 2.000 m2 rue de la Tombe Issoire, mais il faudra 25 ans pour obtenir la coopération de la SA immobilière du Lion de Belfort qui y tenait une ferme et pour y créer un centre d’œuvres de jeunesse.

Mise en place d’une annexe

L’Abbé Rouan, de Bagnolet, qui réalisait une œuvre sociale de même nature, poussa l’Abbé Keller à mettre en place une annexe de la « Cité du Souvenir ». En 1930 et 1931, il construisit deux immeubles de six étages avec services sociaux annexes et pouvant accueillir 40 familles nombreuses.

Dès 1925, un faisceau de services annexes existait, s’organisait et se développait avec des services nouveaux : consultation des nourrissons, centrale d’achats, aides aux vacances, scoutisme, cours ménagers, société sportive, cours d’anglais, d’allemand, conférences, cinéma, assistance spirituelle… La chapelle est inaugurée en 1928. L’Abbé avait obtenu à Gentilly, un terrain de sport et des jardins pour les pères de familles.

L’Abbé vivait au cœur de la « Cité », fréquentait et recevait tout le monde. Il avait quinze demandes pour un logement. « Une œuvre de vie où puisse éclore des centaines d’existences d’enfants, espoirs de l’avenir, remplaçants des grands disparus ».

Le dispensaire, les services médicaux

Le jardin d’enfants, le dispensaire, les services médicaux ne tardèrent pas à dépasser les murs de la « cité d’habitations à bon marché » pour s’étendre au quartier dès 1930. Sœur Alix de la Rochechelambert, de saint Vincent de Paul, dirigeait ces services avec intelligence et une compétence rare, aidée par d’autres sœurs et assistantes sociales. Tous les samedis, consultations gratuites par un médecin de l’hôpital saint Joseph et attribution de médicaments gratuits également. En 1930, la Cité comprenait 160 familles et 750 enfants. L’activité sociale diversifiée y est surprenante, s’adressant à tous les âges et à tous les cas.

Les services étaient au début, accomplis bénévolement comme une véritable vocation, mais progressivement les remplaçantes sont moins motivées et moins assidues, moins disponibles et moins nombreuses. Il fallut alors faire face à de nouvelles exigences administratives en s’adressant au GASS. Nous sommes en 1931, il y a 190 familles et 850 enfants. L’Abbé Keller avait déjà organisé avec génie et humilité, un réseau de solidarité si cohérent et si complet que rien de mieux n’a été inventé depuis.

« Bien qu’à la cité chacun soit libre de ses opinions personnelles, …..je fais tout ce que je peux pour que cette œuvre…… soit un vaste champ d’apostolat. La cité n’est pas une paroisse dans la paroisse, mais une simple cellule qui veut s’insérer dans la vie paroissiale…..Ne cherchez ici ni catéchisme, ni patronage, ni confréries… tout cela existe si bien à saint Pierre de Montrouge. Il faudrait être petit esprit pour vouloir créer des groupes particuliers ». (Abbé Keller parlant de son œuvre)

« Il y a dans notre population ouvrière des trésors de richesses morales et spirituelles qu’on ne saurait jamais trop estimer et mettre en valeur », disait-il.

1933  : la cité compte 1.200 habitants dont 800 enfants. L’Académie française décerne un prix pour cette « institution modèle ».
« Les Berceaux du Souvenir » sont créés en 1933 afin de donner un statut juridique dans une fondation charitable dont le fonctionnement excluait toute rentabilité et dont les activités reconnues se structurent.
1934  : ouverture de douches : une douche représentait 2,38 kg de charbon et 96 litres d’eau plus le nettoyage, pour une douche à 2,20 F.
1936 : acquisition d’une maison de vacances pour filles à Carlepont et en 1939, création d’une colonie pour garçons à Vaumoise (Oise) .
Pendant la guerre, accueil de réfugiés, création de services spéciaux, cantines scolaires, goûter des mères ….

Actuellement, les dirigeants essaient de respecter le plus fidèlement possible la pensée de l’Abbé Keller. Les services les plus modernes prennent place petit à petit au sein de la Cité.

(source : L’Abbé Keller, 1894 – 1986, Fondateur de la Cité du Souvenir, édition d’octobre 1992, 11 rue saint-Yves – 75014 Paris)

La Cité du Souvenir – la Chapelle saint Yves

L’Abbé Keller (1894-1986), fondateur de la « Cité du Souvenir » a puisé dans sa foi la force et la volonté de construire « Saint Yves ». Chapelle Saint-Yves – La Cité du Souvenir
11, rue saint-Yves.

« Cet homme exceptionnel a été, en 1924, un précurseur de la résorption des bidonvilles et de l’habitation à Bon Marché à Paris. Construire pour les vivants à revenus modestes, telle était sa devise. Il a inscrit dans les esprits une volonté d’entraide, de développement et d’amour de la famille. Son action sociale a touché le logement, l’accès à la propriété, le domaine de la santé, de l’éducation et des loisirs des jeunes ». ( Jacques BARROT, Ancien Secrétaire d’Etat au Logement…)

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». L’Abbé a pris ce précepte à la lettre au service de Dieu, de l’Eglise et de ses frères. Il a utilisé le « terrain de la misère » pour loger les pauvres.
Une chapelle sera le centre de la Cité et, tout autour, un dispensaire, une bibliothèque, un centre de loisirs, un accueil pour handicapés pour le compte de la paroisse saint Dominique.